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Rencontre
Internationale, Genève 30-31 mars 2001
Modérateur
:M. Reinaldo GONCALVES
La
question de la réforme du système financier international
s’est imposée ces dernières années mais plus particulièrement
à la suite de la crise financière asiatique. La littérature
économique s’entend assez largement sur le constat de la multiplication
des crises financières ces deux dernières décennies,
de leur impact profond sur les économies réelles de pays
souvent dépourvus de moyens pour y résister et de l’impuissance
des institutions financières internationales à prévenir
et à gérer ces crises de manière optimale.
Si
ce constat est le fruit d’une reconnaissance quasi générale,
il n’en va pas de même pour les solutions ou propositions en vue
de remédier aux imperfections et instabilités des marchés
financiers. A ce propos, on peut constater que ce ne sont pas les moyens
ni les idées qui manquent pour intervenir mais plutôt une
volonté politique consensuelle qui fait défaut. En effet,
l’essentiel du discours dominant porte sur les causes internes de ces crises
et propose des solutions centrées sur le renforcement des systèmes
financiers domestiques des pays receveurs de capitaux. L’objectif est d’améliorer
les politiques macroéconomiques et financières de ces pays
à travers la mise en place de processus successifs de libéralisation
financière et de renforcement des contrôles et de supervision
des institutions financières domestiques. Cependant, en mettant
sous silence les dimensions externes de la problématique, à
savoir par exemple la régulation des flux internationaux de capitaux,
l’incohérence de la situation amène à faire porter
le fardeau et la responsabilité d’une éventuelle amélioration
de l’équilibre du système financier international aux seuls
pays en voie de développement (Andrew Cornford).
Le
rapport de force en présence penche largement en faveur du G-7.
Dans cette perspective, la stabilité financière internationale
tient davantage de la construction d’un mythe qu’elle ne correspond à
un bien commun mondial. En effet, les intérêts des divers
acteurs (populations, gouvernements, investisseurs…) sont forcément
divergents et l’intérêt national prévaut sur l’intérêt
international. De plus, certains pays en voie de développement craignent
qu’un surplus de régulation et de contrôle des mouvements
de capitaux pourrait restreindre l’entrée de ceux-ci dans leur pays.
Ces constatations amènent à comprendre plus aisément
pourquoi la politique de l’immobilisme règne en maître dans
les hautes sphères décisionnelles internationales. D’une
part, les pays en voie de développement craignent une forte diminution
de l’afflux de capitaux dont ils ont besoin pour se développer et
d’autre part, l’immobilisme est politiquement rationnel du point de vue
des grandes puissances économiques pour de nombreuses raisons dont
la plus évidente semble être le peu d’effet réels des
crises financières internationales sur leur économie nationale
(Jacques Généreux).
Cependant,
comme nous l’avions précédemment fait remarquer, des propositions
intéressantes existent. On peut définir trois domaines d’action
: la prévention des crises financières, la gestion des crises
et la réforme des institutions financières internationales,
en particulier du FMI (Jacques Généreux).
Pour
mieux prévenir les crises, il s’agirait d’établir :
·un
certain nombre de normes prudentielles et de règles desurveillances
externes et internes dans les pays receveurs de capitaux mais également
dans les pays exportateurs de capitaux,
·un
recloisonnement des activités financières. Celui-ci pourrait
être utile dans des pays où les processus de libéralisation
financière se sont implantés de façon beaucoup trop
rapide et précipité.
Pour
mieux gérer les crises, il faut :
·inverser
la tendance habituelle qui veut que l’on socialise les pertes des crises
financières (plans d’ajustement supportés essentiellement
par les populations) et que l’on privatise les bénéfices
(soutien des autorités publiques aux institutions financières
privées en difficulté),
·faire
intervenir le secteur privé (consortium de banques) pour maintenir
des lignes de crédit, pour garantir la liquidité.
Quant
à la réforme des institutions financières internationales
:
·une
redéfinition du rôle du FMI s’impose. Son mandat actuel ne
lui permet pas de répondre efficacement aux problèmes contemporains
du système financier international. Les remèdes imposés
(conditionnalité) semblent aller parfois à l’encontre du
bon sens et ne font qu’empirer des situations déjà catastrophiques
(cf. crise asiatique),
·est
également nécessaire une meilleure représentation
des pays, notamment dans les organes dirigeants de ces institutions,
·une
vraie décentralisation pour que les politiques soient plus appropriées
aux différentes caractéristiques nationales des pays (Jacques
Généreux).
Cependant,
la logique politique ne plaide pas en faveur de tels changements. Faudra-t-il
donc attendre une grave crise financière touché de plein
fouet les pays industriels pour voir de nouvelles transformations?