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Anglais.
(Synthèse par Yves REICHENBACH)
Rencontre Internationale, Genève 30-31 mars
2001
Modérateur : M. Yves REICHENBACH
Historiquement, les systèmes de rémunération
liés au marché financier sont restés très longtemps opaques. De plus, des
problèmes moraux et culturels sont incontestablement liés au fonctionnement de
la finance en général. La mauvaise compréhension de cette problématique et de
ses conséquences sur la société par les opérateurs eux-mêmes a contribué,
jusque dans un passé récent, à la perception négative du monde de la finance
par le public en général. La responsabilité de l’organisation de la finance sur
le fonctionnement de nos sociétés est indéniable. Elle doit être soulignée.
Aujourd’hui, on note un clair changement des
mentalités en rapport avec la primauté de l’argent. Cette tendance
exacerbe la recherche du profit maximum et immédiat comme valeur suprême
de la réussite humaine et économique.
La finance donne l’impression d’être un monde
en soit, souvent éloigné des réalités
et de la complexité de notre société.
Elle est incontestablement conformiste. Sur cette base, elle influence
les principes de gestion du management des sociétés qu’elle est sensée évaluer.
Les disparités croissantes entre
« immensément riches » et « immensément pauvres », qui
n’ont cessé d’augmenter ces dernières décennies, ne peuvent qu’accroître le
besoin de définir clairement son mode de fonctionnement et son rôle dans la
résolution des défis à long terme posés à notre société.
Au nombre des problèmes relatifs à la
rémunération des opérateurs financiers, on peut citer à titre d’exemples :
·
Les
conflits d’intérêts qui sont liés au manque d’indépendance en général des
gestionnaires de fonds et des analystes par rapport à la politique commerciale
et aux liens avec la clientèle des sociétés financières ou bancaires qui les
emploient ;
·
La
rémunération des courtiers sur le nombre des transactions qui peut motiver la
multiplication des transactions ;
·
Le
déséquilibre de l’information au profit des sociétés financières ou bancaires
et des opérateurs financiers qui peut aboutir à des opérations d’initiés ;
·
Le
mauvais fonctionnement du marché dans le domaine des fusions et
acquisitions : les énormes commissions dues aux conseillers et monteurs
d’opérations, peuvent les inciter à pousser les entreprises dans des politiques
de développement qui ne sont pas conformes
à leurs intérêts stratégiques à long terme et à ceux des employés. Ces
opérations aboutissent en général à des intégrations très difficiles des
nouvelles acquisitions.
Ces distorsions créées par les méthodes de
rémunération ne garantissent pas un fonctionnement normal et indépendant des
marchés financiers.
Les causes du fonctionnement erratique des
marchés sont aussi liées aux éléments suivants:
·
Le
manque de prévisibilité en général que traverse notre société. Ce facteur
d’instabilité et de risque est dû à la difficulté d’appréhender les impacts des
nouvelles technologies, des nouveaux modes de vie et de la complexité
géo-politique sur l’activité économique en général.
·
L’inexistence
des conditions normatives de fonctionnement des marchés financiers, dans de
nombreux pays en développement ou émergents, contribue à raccourcir le cycle
des crises dans ces pays et à en augmenter la gravité. On peut citer à titre
d’exemple, l’insuffisance de la
réglementation et de la surveillance des institutions de crédit, des lacunes
dans la gestion du risque et le grave manque de contrôle interne, des garanties étatiques promouvant le goût
du risque, le manque de transparence dans la situation des entreprises, le non
respect des normes environnementales et du droit du travail, l’incapacité de
l’Etat à mettre en œuvre son outil législatif par manque de ressources
fiscales, etc.
·
L’émergence
de nouveaux risques et de nouvelles crises qui ont un impact global sur notre
société, affectent le bien public (public goods). On peut citer les impacts du
réchauffement climatique, de la réduction croissante de la diversité
biologique, des risques d’épizooties et d’épidémies, de la prolifération
nucléaire, de nombreuses crises ethniques régionales, etc. La banque mondiale,
dans un inventaire non exhaustif des besoins en financement, chiffre les
manques à environ 300 milliards de US$ contre environ 16 milliards disponibles
actuellement.
Force est de constater que les
marchés ne peuvent fonctionner sans cadre réglementaire propre à stabiliser de
manière durable les conditions du marché et de la concurrence. Ces manquements
créent un avantage compétitif pour les pays contrevenants, mais les poussent
vers des crises sociales et financières graves. Avec la globalisation, les
effets des distorsions du marché et de la détérioration du bien public ont des
conséquences internationales. Le déficit crucial de moyens humains et
financiers dans les domaines concernés par le bien public (public goods), pour
faire face à des enjeux au niveau planétaire, génère des tensions de plus en
plus sérieuses entre l’opinion public et les institutions globales qui
promeuvent la globalisation, sans pouvoir contrôler ses effets pervers.
Quelques soient les solutions globales à apporter à ces défis, il convient de
souligner qu’elles doivent être adaptées à la situation propre de chaque pays.
En guise de conclusion sur le
problème de la rémunération, les solutions qui ont été discutées sont les
suivantes :
·
Redéfinition
des techniques de rémunération des principaux agents financiers sur la base de
modèles privilégiant la maîtrise du risque. On peut noter une prise de
conscience réelle de plusieurs grandes banques à ce niveau.
·
Redéfinition
du rôle et de la formation des analystes financiers. Création de règles
strictes concernant leur indépendance.
·
Le rôle
des fonds de pension est essentielle pour promouvoir le long terme dans les
marchés. A ce titre, il conviendrait de :
·
Privilégier
le jugement à long terme de la performance de gestionnaires de fonds ;
·
Demander
aux fonds de pension d’afficher clairement leurs objectifs à long terme ;
·
Faire
participer les salariés et les syndicats à la définition de ces objectifs.
·
Instaurer
un meilleurs contrôle des instruments tels les options qui créent une forte
incitation de leurs concepteurs à la volatilité des marchés.