ANIMATION : MADELEINE HERSENT
L’atelier
« Femmes et économie solidaire » a été monté dans la dynamique du
village solidaire de Saint- Denis, qui a fédéré environ 100 organisations de
l’économie solidaire, désireuses de tisser des liens en Europe après la
première impulsion d’échanges internationaux à
Porto Alegre. Le Mouvement de
l’Economie Solidaire a associé d’autres réseaux et collectifs qui font avancer
la question « Femmes et Economie » dans des cadres et contextes
différents : ASTER, ADEL, RE-ACTIVES, chantier « Femmes et
économie » du Pôle Socio-Economie Solidaire de l’Alliance pour un Monde
Responsable, pluriel et solidaire.
L’objectif
de l’atelier est d’identifier les moteurs qui permettent aux initiatives de
fonctionner et d’examiner les retombées de ces initiatives sur leur
environnement.
Le tour de table montre la diversité des expériences
qui mettent cependant toutes en évidence l’apport des femmes dans l’économie
(qui n’est pas systématiquement qualifiée de « solidaire ») en Europe
comme en Afrique, en milieu urbain autant que rural, et souligne, tout en
reconnaissant sa complexité, l’intérêt d’une approche de genre.
Tous les participants partagent le constat selon lequel les femmes sont très présentes dans les actions de développement local et qu ‘elles contribuent massivement aux projets pour l’autonomie des communautés.
Toutefois, la question de la reconnaissance de leur
rôle et de leurs apports reste entière, d’où l’intérêt d’analyser dans un cadre
international des expériences mises en œuvre dans des contextes sociaux,
économiques et culturels très divers, de manière à collecter des éléments de
réflexion et de comparaison sur les stratégies, les compétences, les
difficultés, les obstacles … pour dégager quelques axes de travail concrets
susceptibles de faire sortir de la marginalité les initiatives économiques des
femmes.
Une expérience portugaise, à Setubal, montre comment,
dans un contexte de crise économique (fermeture des chantiers navals et des
conserveries), une démarche, mise en œuvre dans le cadre d’un programme
européen (NOW), a permis, grâce à un accompagnement adapté, d’agir
conjointement sur l’intégration économique des femmes (par la création de
coopératives), la valorisation des ressources de la communauté, de sa
créativité (auto-estime du groupe) et le développement économique du
territoire.
L’implication des femmes (plus enclines que les
hommes à s’intéresser à des démarches innovantes, à s’engager collectivement
pour le mieux être de la communauté…) dans cette démarche de développement
local a induit des changements importants dans le fonctionnement des institutions
et de la communauté, a fait véritablement émergé la question du droit des
femmes. Une action a d’ailleurs été menée avec de bons résultats sur les
représentations des techniciens dans les administrations locales.
En Italie, c’est à partir de l’engagement d’un
collectif féministe en faveur de la citoyenneté des femmes immigrées qu’est
née, à Turin, l’association ALMA MATER qui a mené des actions concrètes pour
intégrer dans l’économie les savoirs et les capacités de ces femmes, faire
reconnaître leurs droits, leurs compétences d’analyse sociale…jusqu’à faire
aboutir un projet de loi pour le
soutien aux initiatives.
Le centre ainsi créé est devenu un véritable pôle de
référence sur la question Femmes à Turin : pépinière d’activités, accueil
des femmes, analyse politique, travail sur la validation des effets sociaux de
la démarche…
En France, à Rouen, le point de départ d’une autre
initiative collective de femmes a été la situation vécue dans un quartier
d’habitat social très dégradé et abandonné par les pouvoirs publics :
exaspération des habitants face à une politique du logement très
discriminatoire et raciste, affrontements des jeunes avec la police, montée du
chômage, difficultés de cohabitation entre des communautés immigrées et des déracinés
d’origine rurale…
La mobilisation d’un groupe de femmes (25
nationalités : autochtones, immigrées d’Europe de l’Est diplômées, femmes
du regroupement familial désireuses de travailler…) s’est réalisée sur une base
très politique et citoyenne avec la volonté de changer les représentations, de
casser les logiques communautaires, de promouvoir d’autres visions du monde, de
la différence, du respect…tout en apportant des réponses concrètes aux
problèmes de précarité.
Un restaurant interculturel (PLEIN SUD), véritable
espace de médiation sociale, a été créé par le transfert des savoirs faire
traditionnels culturels et sociaux vers la sphère marchande et professionnelle.
Cette action montre comment des femmes ont décidé de
prendre part à l’action politique alors qu’elles étaient complètement hors des
circuits administratifs, institutionnels…comment à travers une activité
économique avec une plus value sociale indéniable (même si elle n’est que peu
reconnue par les pouvoirs publics)elles renégocient une place dans leur propre
famille et communauté, comment elles conquièrent le droit de citoyenneté en
prenant part aux discussions avec les élus, en prouvant leur capacité
d’innovation sociale. Même si elles ne votent pas, ces femmes immigrées sont
réellement et durablement impliquées dans la vie politique locale…
D’autres initiatives, au Sénégal, en Grèce, au Pérou…
inscrites dans le réseau ASTER (actrices sociales des territoires européens
ruraux) soulignent la part croissante des femmes dans les économies locales et
font la preuve que l’on peut transformer l’économie en agissant au quotidien
sur des territoires fragiles .
Les actions présentées ont en commun la dimension
transversale : lutte contre la pauvreté, santé, éducation/ prévention
,environnement… : coopératives agrotouristiques, banques communautaires,
micro crédit, formation…
Leurs promotrices insistent toutes sur l’intérêt des
échanges internationaux, la nécessité de trouver des solidarités nouvelles,
d’être confortées…
Pour se développer et vivre ces initiatives doivent
être en réseau et travailler au développement de compétences, à la validation
des effets positifs par les pouvoirs publics locaux.
Le réseau est une condition de développement, il
permet de gérer les relations au pouvoir, de garder le cap de la lutte contre
l’exclusion, de la citoyenneté…d’éviter aux initiatives d’être happées par
l’économie dominante…
Mais les réseaux sont souvent nés et ont été financés
dans le cadre de programmes européens qui n’existent plus et ne sont pas
relayés par d’autres dispositifs. Les réseaux d’acteurs ne disposent
pratiquement d’aucun moyen.
Une mise en garde est faite concernant des réseaux
qui se créent dans le sillage de forums et captent des financements alors qu’ils
sont en fait des organisations classiques pyramidales.
Alors qu’il est crucial de travailler de manière
dynamique, vivante, de mutualiser des compétences et des moyens, de capitaliser
des expériences pour réussir à convaincre ensemble.