Date et lieu : 27 janvier 2005 (15h30-18h30) - salle I102
Coordination : Pierre Johnson (Pôle de socio-économie solidaire, France)
Intervenants :
Pierre Johnson ((Pôle de socio-économie solidaire, France) introduction; Chrissi Gent (IFAT, UK), commerce équitable, processus d'auto-évaluation des organisations membres d'IFAT; Laura Prada (Brésil), les principes et critères de commerce équitable au Brésil ; Vincent Commenne (Pôle de socio-économie solidaire, Belgique), étude de la RSE en Europe ; Michael Haradom (Brésil), la responsabilité sociale de Fersol (entreprise brésilienne) ; Lenivaldo Lima (Brésil), Catende, une entreprise en transition vers l'autogestion ; Marie-France Turcotte (UQAM, Québec), les liens entre commerce équitable et RSE.
Points importants abordés
dans la présentation de Vincent Commenne, animateur du Chantier RSAE du PSES,
Alliance 21 : « Commerce équitable – Responsabilité sociétale des entreprises :
différences et convergences »
1.
Perceptions différentes de la RSE par les
entreprises en Europe
Les entreprises européennes possèdent des niveaux de compréhension très différents par rapport à la RSE.
a.
au premier
niveau de compréhension, être socialement responsable consiste pour un bon
nombre d'entreprises simplement à apporter du travail à ses salariés et, au
mieux, à créer de l'emploi. Pour les mêmes entreprises, être éthique c'est
respecter les lois de son pays.
b.
à un niveau à
peine plus élaboré, la démarche de RSE consiste à créer une fondation qui
effectuera des donations caritatives.
c.
on entre ensuite
dans la perception basée sur le fait qu'être socialement responsable consiste
pour une entreprise à "ne pas nuire" : ne pas (trop) polluer l'environnement,
ne pas (trop) consommer de ressources naturelles non renouvelables, ne pas
produire de produits nocifs (armes, tabac, alcool…), etc.
d.
le niveau
suivant consiste pour les entreprises à percevoir qu'elles peuvent s'impliquer
positivement vis-à-vis des enjeux sociaux ou environnementaux de leur dynamique
interne. On a ainsi des exemples de compagnies qui mettent en place un système
intégré de gestion environnementale ou des entreprises qui vont engager dans
leur personnel un certain nombre de personnes défavorisées (chômeurs de longue
durée, personnes moins valides…) ou mieux, qui vont créer en métier annexe à
l'entreprise une "entreprise d'insertion" spécialisée pour mettre au
travail ce type de personnes.
e.
le niveau
"ultime" est celui où les entreprises comprennent qu'elles ont un
impact ou une responsabilité au delà des limites spatiales de leur siège
d'activité. On trouve ici, par exemple, les sociétés qui font réaliser des
audits sociaux dans leur chaîne de production au Tiers Monde.
2.
L'implication effective des entreprises
Les entreprises comprennent donc dans des mesures très différentes comment elles peuvent s'engager en RSE. Mais même indépendamment de cette compréhension, elles peuvent choisir une implication à des niveaux fort différents. Une démarche concrète de RSE pourra donc très fortement différer d'une entreprise à une autre. Citons ces niveaux d'implication, par ordre qualitatif :
a.
Le tout premier
niveau d'implication en RSE, et celui que n'ont jamais dépassé de nombreuses
compagnies, est la rédaction d'une charte éthique ou d'un code de bonne
conduite, qui déclarent un certain nombre d'intentions de l'entreprise
concernant ces dimensions sociales et environnementales;
b.
un deuxième
niveau d'implication est celui des entreprises qui veulent entrer dans une
démarche concrète et qui mettent donc en œuvre "un plan de travail",
le plus souvent des actions correctives ou constructives qui visent à des
objectifs "éthiques". On citera par exemple, la mise en place d'un "système
de gestion environnemental" ou encore la discussion avec un fournisseur
basé dans le Tiers Monde concernant les conditions de travail de son personnel.
Nous considérons cette démarche comme "deuxième niveau" car
l'entreprise se met en action, mais elle le fait de manière indépendante, non
concertée avec d'autres acteurs. Elle décide de ses objectifs, mène ses propres
actions, effectue ses propres contrôles et décide des éventuelles mesures
correctrices. Les actions mises en œuvre peuvent être tangentielles à son
activité (donations, soutien d'une entreprise d'insertion) ou être reliées à
son core-business.
c.
Au troisième
niveau d'implication, certaines entreprises se dotent d'un système d'évaluation
de leur programme éthique. Cet outil de diagnostic peut être tout à fait particulier
à l'entreprise ou peut s'inscrire dans une pratique plus largement répandue en
référence à une norme reconnue. On citera comme exemple les normes EMAS ou ISO
14001 en matière environnementale ou la norme SA8000 en matière sociale.
Lorsque l'outil de diagnostic est particulier à l'entreprise, il peut s'agir
d'une auto-évaluation interne à l'entreprise ou celle-ci peut également faire
appel à un cabinet extérieur spécialisé qui effectuera l'évaluation pour compte
de l'entreprise. Lorsqu'il est fait référence à une norme, c'est d'office un
organe extérieur qui effectuera les contrôles. Cette évaluation externe peut
donner lieu à une certification de l'entreprise ou une labellisation de ses
produits.
d.
Un quatrième
niveau d'implication est l'intégration de la démarche RSE de l'entreprise dans
un véritable "management system". Cette approche est beaucoup plus
fréquente sur les questions environnementales que sur les aspects sociaux.
Quand un système de gestion environnementale est mis en place, ceci implique que
la dimension environnementale rentre en ligne de compte quelle que soit la
décision qui doive être prise. A ce niveau, la RSE n'est donc plus une démarche
ajoutée à côté du processus de production, elle en fait désormais partie
intégrante.
e.
Le cinquième niveau
d'implication est celui où l'entreprise, non contente de se soumettre à une
norme extérieure à elle et à un contrôle indépendant, va engager un dialogue
avec les (ou des) parties prenantes de manière à affiner sa perception des
enjeux de sa démarche RSE. Ce dialogue pourra porter sur les objectifs à
atteindre, les étapes à franchir, les normes à rencontrer, la qualité du
contrôle, la teneur d'une éventuelle communication vers le consommateur…
Certaines parties prenantes (ONG, syndicats) peuvent être invitées à effectuer
leur propre contrôle sur base de coups de sonde, en marge de l'audit officiel.